La dernière fois que je vous ai parlé de notre aventure, nous étions chez Cloé, la sœur de Sarah, où nous avons passé un mois.
Durant cette période, le gouvernement faisait de plus en plus d’annonces indiquant que les lieux culturels commençaient à rouvrir, mais tout doucement. De son côté, Sarah commençait aussi à avoir des touches pour des contrats autour de Paris. Vous l’aurez compris, pour nous, il était temps de remonter vers la capitale ! Nous sommes donc remontés sur Paris fin avril 2021 et avons cherché un emplacement pour y rester quelque temps. Je dois dire que ce n’était pas une mince affaire !
Dans un premier temps, nous avons pensé au bois de Boulogne ou au bois de Vincennes. Bien qu’il y ait beaucoup de place et des stationnements gratuits, nous étions quand même assez loin des transports en commun, et rejoindre la ville à pied depuis notre emplacement n’était pas évidents à ce moment-là.
Puis, à force de bouger d’un endroit à l’autre, nous avons trouvé quelques emplacements gratuits entre la caserne et le château de Vincennes. Il n’y avait que quelques places, mais avec le grand parc juste à côté, c’était absolument parfait ! D’autant plus que le métro se trouvait à seulement 100 mètres de là.
Contrairement aux bords de route où les voitures — voire même les bus — passaient vraiment très près de nous, cet emplacement était idéal. Il était suffisamment dégagé pour que les panneaux solaires prennent un maximum de lumière, et les passants ne nous dérangeaient pas vraiment puisqu’il n’était pas directement sur leur chemin.
Enfin… je dis ça, mais ça n’a pas empêché certains d’aller pisser sur nos roues de temps en temps ! Mais ça, c’est une autre histoire…
Dans le prochain article, je vous parlerai de notre vie en van à Paris et de ces 6 mois passés à faire des allers-retours entre la capitale et la banlieue éloignée.
Vous l’avez sans doute vu sur les vidéos, mais il y avait un petit chat avec nous durant toute notre aventure. Max, c’était notre petit bébé ! Nous l’avons recueilli à la SPA en janvier 2015, à environs un an. A cette période, il avait la teigne, mais avec le traitement que nous avait prescrit le veto de la SPA, la maladie a très vite été éradiquée. Ce petit chat, il a vécu 7 ans avec nous. avait une maladie incurable qui se nomme la MISI, une maladie de mal-absorption des aliments. Il avait donc un traitement vraiment très lourd, à base de cortisone, qui lui faisait gonfler le bide.
Je crois que je n’ai jamais connu un chat aussi gentil de toute ma vie !
Une anecdote me revient en tête. Quand nous l’avons recueilli, il ne miaulait presque pas, et ce pendant une semaine entière : il refusait de manger et nous regardait fixement, sans rien dire. Il avait un regard qui parlait de lui-même, un regard intelligent, perçant !
Nous sommes allés voir le vétérinaire de la SPA, car son refus de manger nous inquiétait vraiment. En touchant sa gorge, le véto nous dit : « Eh bien, c’est un chat très bavard que nous avons là… »
Forcément, avec Sarah, nous nous sommes regardés, sidérés, en disant à la vétérinaire qu’en réalité il ne disait jamais rien. Et puis, en rentrant chez nous, il a commencé à miauler — mais cette fois-ci beaucoup plus… presque trop. Ce chat nous parlait, c’était clair… Et il avait visiblement beaucoup de choses à dire ! Au point que parfois, ça en devenait presque épuisant, mais ce petit défaut ne pesait pas lourd dans la balance par rapport à son comportement adorable au quotidien. Il était gentil, affectueux, obéissant, il comprenait tout ce qu’on lui disait… On pouvait jouer avec lui pendant des heures sans qu’il s’épuise. Il ne nous a jamais attaqués ni mordus une seule fois, même pour jouer !
Nous avons commencé à l’emmener partout avec nous : dans les parcs à proximité de là où nous habitions, puis dans nos petits voyages en famille ou entre amis. Il nous suivait tout le temps et ne disait rien. Au début, nous pensions qu’il n’aimait pas trop ça, car au bout de 15-20 minutes, il s’allongeait et refusait de bouger. Nous devions alors toujours le porter jusqu’à la maison.
Finalement, au retour d’un voyage en Guadeloupe, où nous l’avions laissé chez mes parents, nous avons remarqué qu’il avait vraiment beaucoup maigri. Nous l’avons de nouveau emmené chez le vétérinaire. Il faut dire que nous l’amenions régulièrement chez le véto, car il vomissait beaucoup et régulièrement ses repas. Au début, tout le monde pensait que c’était juste un chat glouton, mais au final, il avait un vrai problème.
C’est lorsque nous avons quitté notre logement à la Courneuve que nous l’avons vu s’affaiblir de plus en plus : la maladie devenait vraiment dure à supporter pour lui. Un premier vétérinaire nous a alors fait un diagnostic, nous disant que le chat était en train de mourir et qu’il fallait s’attendre à le perdre dans les deux semaines. Au final, nous sommes allés voir une autre vétérinaire, Betty, une amie de longue date que nous avions perdue de vue durant les années. Betty nous a fait un diagnostic totalement différent : là où le premier véto nous disait de ne pas trop alimenter le chat, car il ne pouvait pas ingérer la nourriture, elle nous a dit complètement l’inverse. Vu que le chat était affamé, nous avons naturellement suivi ses conseils, et lui avons donné de la nourriture à profusion, avec le traitement qu’elle nous avait prescrit.
Ni une, ni deux, Max a rapidement retrouvé des forces. Même si son traitement était très lourd à porter, autant pour lui que pour nous, il nous laissait le soigner sans rien dire. Je me souviens même qu’on avait une pipette avec un produit blanc à lui faire avaler. Nous nous attendions à ce que ce soit compliqué, mais à voir son comportement, c’était comme s’il voulait nous dire : « Merci, ne t’inquiète pas, ça va le faire… » Il venait prendre ses médicaments de lui-même, en léchant la pipette, et avalait tout le produit sans rechigner. On aurait même dit que pour lui, c’était du petit lait… tellement adorable !
Finalement, plutôt que de passer l’arme à gauche comme on dit, il nous a accompagnés durant deux ans en van ! Il nous suivait absolument partout, sans jamais avoir besoin de laisse, sans jamais attaquer les autres animaux, sans avoir besoin de l’appeler pour nous suivre dans les balades. Un véritable amour !
Si je n’avais qu’une unique chose à dire sur cette aventure avec lui, ce serait :
À chaque étape, nous avons tourné des vidéos pour la chaîne YouTube, dont 3 vidéos sur la Camargue. Il faut dire qu’il y a tellement de choses à raconter, notamment sur les rencontres faites, les paysages, la faune et la flore. Nous avons eu la chance de passer par 3 lieux de la réserve naturelle de la Camargue : le domaine de la Palissade, les marais du Vigueirat et le parc ornithologique du Pont de Gau. Chaque lieu, très différent des autres, nous en a appris un peu plus, et c’était vraiment super. Les oiseaux, les plantes, les chevaux, les taureaux : nous avons vraiment pu prendre le temps de tout découvrir, avec des personnes adorables et passionnées par leur travail.
Dans le sud, plus besoin de se prendre la tête pour l’électricité, c’était vraiment à profusion. Nous pouvions donc travailler à fond — peut-être même beaucoup trop, au point d’oublier la base du voyage ; qui était de profiter en visant des lieux. J’ai commencé à vouloir sortir à tout prix deux vidéos par mois, ce qui est un rythme effréné pour des personnes qui font tout par elles-mêmes : trouver une idée de vidéo ou de mini reportage, un lieu, des personnes à interviewer, réaliser, filmer, dérusher, monter, photographier et illustrer pour faire les miniatures des vidéos, répondre aux commentaires sur les réseaux, etc., etc.
Mais ce fut quand même une excellente expérience, qui nous aura appris à ne pas trop en faire pour ne pas trop nous épuiser, et à revenir aux bases du voyage. Aujourd’hui, je suis un peu plus cohérent avec notre manière de voyager, et nous avons pour ambition de faire simplement une vidéo par mois. Cela nous laissera plus de temps pour nous reposer, mais aussi plus de temps pour la qualité de nos vidéos, même si nous avons toujours privilégié la qualité à la quantité.
Durant notre passage en Camargue, Sarah m’a quand même fait la surprise d’organiser mon anniversaire avec mes parents, qui avaient fait le voyage depuis Lyon juste pour ça. Nous avons pu partager une très belle semaine avec eux… Quel beau cadeau ! Merci !
La fin de la Camargue fut un peu compliquée. Un matin où nous faisions notre sport à côté du van, Sarah remarquait que de l’eau coulait de la porte latérale. Je lui répondais qu’il n’y avait certainement rien de grave, que c’était simplement la condensation et la rosée du matin. Sauf qu’au moment où je suis remonté dans le véhicule, c’était largement plus qu’une simple rosée : c’était carrément une inondation ! Le véhicule étant légèrement en pente, seulement un peu d’eau sortait par la porte latérale.
Il a fallu s’activer pour tout sortir du coffre, qui retenait une grande partie de l’eau, car une gaine de notre chauffe-eau avait cédé. Elle s’était dilatée avec la chaleur et le collier avait simplement lâché. Comme il n’y avait plus de pression d’eau dans les tuyaux, la pompe s’était enclenchée, vidant ainsi les réservoirs dans le véhicule. Nous avons donc pris une demi-journée pour faire sécher le bois des meubles et évacuer l’eau, mais il nous restait deux problèmes ce jour-là :
Le premier, c’était que notre convertisseur 220V avait été touché, et donc mort. Ce qui signifiait que nous avions encore l’électricité en 12V, mais plus de courant en 220V : donc plus d’ordinateur, ni de recharge pour des appareils comme l’appareil photo, le stabilisateur, et ce genre de choses. Le second problème, c’est que nous avions rendez-vous l’après-midi pour tourner la vidéo sur le Domaine de la Palissade. Il fallait donc se bouger rapidement pour tout sécher et tout remettre en place. Vous l’aurez compris, c’était une journée quelque peu chargée !
À la fin de la journée, le tournage étant terminé, nous avons dû prendre une décision, car nous ne pouvions pas rester longtemps sans électricité principale. Nous avons donc pris la décision d’aller chez la sœur de Sarah, vers Avignon, le temps de nous faire expédier un nouveau convertisseur… (Adrien, si tu passes par là ! Merci infiniment !)
Nous avons donc passé un mois chez Cloé, avec son compagnon de l’époque et ses filles.
Après un mois dans le nord, en janvier, ça commençait à être compliqué pour moi, car il fallait faire attention aux réserves des batteries pour l’électricité. Ce qui voulait aussi dire que nous ne pouvions pas avancer sur le montage des vidéos pour la chaîne YouTube. Nous avions beau chercher des endroits pour nous alimenter en courant, c’était vraiment très compliqué, et nous ne voulions pas non plus aller dans des campings, bien que nous l’ayons fait une fois pour nous dépanner.
Et puis le froid, le vent, le manque de soleil commençaient à impacter mon moral. Même Max ne voulait jamais sortir du véhicule, lui qui adorait explorer et nous suivre en balade. Nous devions l’installer bien au chaud dans nos manteaux pour qu’il voit l’extérieur. Bref, pour tous les trois, il était grand temps de partir vers des contrées plus chaudes.
Nous avons donc regardé la carte de France et cherché l’endroit où il y aurait du soleil la semaine suivante… Perpignan !
Nous avons pris trois jours pour faire la route de Caen à Perpignan. Vous me direz, pourquoi trois jours ? Tout simplement parce que nous avions le temps, mais aussi parce que j’étais le seul conducteur (Sarah n’avait pas encore son permis) et que je n’avais pas envie de conduire pendant des heures et des heures. Nous n’empruntions pas l’autoroute, trop chère avec le van, et préférions voyager lentement et découvrir les paysages variés de notre beau pays.
Lorsque nous sommes arrivés du côté de Narbonne, la température a grandement changé la donne… Au revoir les gants, le bonnet, l’écharpe : nous étions en sweat, en T-shirt, beaucoup plus légers et à l’aise. Nous y sommes restés quelques jours, et au final, nous ne sommes même pas allés jusqu’à Perpignan, qui devait pourtant être notre destination.
Nous avons passé un peu de temps dans la nature avec Max, notre chat. Il faisait assez bon pour qu’on puisse le libérer… Ou plutôt, c’est lui qui souhaitait enfin sortir du véhicule pour profiter du beau temps ! C’était un plaisir de le voir à nouveau grimper aux pins et sauter partout comme un fou ! Après quelques jours sur place, nous avons rejoint la tatie de Sarah, et sommes passés par le Lac du Salagou. C’est vraiment un très bel endroit, avec ses terres rouges, ses petites collines, ses cactus et ses forêts de pins. Ce décor nous a fait penser aux paysages d’Australie !
Par la suite, nous avons longé une grande partie du sud de la France en direction de Nice.
Un soir, en quittant Nice, nous cherchions un endroit pour passer le week-end et travailler sur les vidéos. On aimait bien faire ça : se trouver un spot pour quelques jours, perdu au milieu de nulle part, pour être tranquilles et bosser. Sauf que pendant le trajet, nous ne nous étions pas rendus compte que notre téléphone ne captait plus du tout le réseau. Arrivés sur place, en regardant nos écrans, nous nous sommes dit : « Ah, zut, pas de réseau. Bon, on ne peut pas rester là, redescendons un peu pour voir si on capte… »
Sauf que c’était un chemin de montagne où nous ne pouvions pas faire demi-tour. Alors nous avons roulé, et roulé… et roulé sur cette petite route étroite sans aucun bas-côté pour faire chemin inverse, jusqu’à finalement retrouver du réseau, mais plus aucun endroit où dormir, et la nuit qui commençait à tomber. Nous avons regardé sur Park4Night pour trouver un endroit où se parquer, mais c’était assez loin… Nous n’avions donc pas d’autres choix que de continuer à rouler, mais cette fois-ci tellement loin qu’à un moment donné, j’ai demandé à Sarah : « Euh… c’est quoi, ce truc blanc au bord de la route ? »
Nous nous étions tellement enfoncés dans la montagne sans nous rendre compte de l’altitude, qu’il y avait de la neige autour de nous ! En seulement quelques heures, nous étions quand même passés de Nice, où nous étions en T-shirt, à une montagne enneigée.
Malgré l’obscurité, on arrivait tout de même à deviner l’ombre d’immenses montagnes autour de nous, et le GPS nous indiquait un terrain où nous parquer à une centaine de mètres droit devant. Avançant prudemment, seulement guidés par nos phares, je me rendais bien compte que le chemin devenait de moins en moins praticable. Et la dernière maison qu’on a croisée était à une dizaine de km derrière nous. Sentant le mauvais plan, nous nous sommes arrêtés, et avons commencé à faire demi-tour, mais nous étions en train de nous enliser ! À tel point que ça a été un enfer pour sortir, surtout avec un véhicule de 2,7 tonnes. Après les efforts de Sarah pour trouver des bâtons suffisamment solides à caler sous les roues, j’ai dû jouer avec le moteur, pour faire une sorte de balancement répétitif avec le poids du véhicule pour nous sortir de là. Et ce n’était vraiment pas terrible pour le moteur.
Une fois le véhicule dégagé, nous nous sommes posés un peu plus loin, là où c’était plus sûr, et sommes repartis le lendemain vers un meilleur endroit — avec, en prime, une 2e leçon : toujours prévoir où dormir bien avant que la nuit tombe, même si pour cela il faut changer nos plans, avec ou sans réseau.
La fin du confinement de décembre 2020 a été annoncée un peu après Noël, et il était temps pour nous de commencer notre aventure ! Bien entendu, les lieux de culture devaient rester fermés et la prudence restait de mise, donc pour Sarah et moi, toujours pas de travail… Heureusement pour nous, une année blanche a été annoncée quelques mois plus tard, ce qui nous a permis de continuer à voyager sans être en danger financièrement.
Nous avons donc pris la décision de fêter le jour de l’an avec un ami d’enfance à Viuz-en-Sallaz, à côté de la Suisse. C’est aussi là que nous avons commencé à tourner nos premiers vlogs. Au programme : balades dans la neige et découverte du coin, en compagnie de leurs deux magnifiques chiens !
Nous avons aussi testé le drone en hiver pour la première fois, et je resterai vigilant pour la suite, car voir la glace se cristalliser sur les pales m’a fait froid dans le dos ^^ Sur le moment, je ne me rendais pas bien compte de la dangerosité de la situation : le drone aurait tout simplement pu tomber à cause de la glace. Bien que la plupart du temps nous soyons loin de tout humain, il aurait pu tomber par inadvertance sur quelqu’un passant par là sans qu’on l’ait vu, ou même simplement disparaître dans la nature sans que nous puissions le retrouver.
Peu de temps après le jour de l’an, nous avons rejoint notre ami Swann, qui tournait un court métrage à Lille et avait demandé à Sarah d’être sa comédienne. Nous avons donc traversé la France pour le rejoindre, et c’est ainsi qu’a commencé notre périple dans le nord.
Nous sommes restés quelques jours à Lille avant de longer la côte en direction de l’ouest et de la Normandie. Le fait que la France soit plus ou moins à l’arrêt nous a quand même permis de visiter plein de lieux sans avoir les touristes à tous les coins de rue, et j’avoue que c’est de loin, pour moi, l’une des meilleures manières de voyager.
Nous sommes passés par des lieux comme le cap Blanc-Nez, Wissant, Cucq, Berck, Le Tréport, Rouen, et pour finir Étretat.
C’était vraiment bien, et nous avons pu prendre le temps de découvrir chaque lieu visité, car nous avions le temps. Pas de travail, personne qui nous attendait, pas besoin de chercher un endroit où dormir, ni de rentrer à la maison pour s’occuper des enfants… Nous étions totalement libres. Et ça, c’est vraiment un luxe quand on voyage.
Je me souviens d’un soir à Wissant : nous avions fait l’erreur de nous poser près des côtes pour la nuit, sans vérifier la météo pour les prochaines heures : un vent violent nous a réveillé en pleine nuit, et a commencé à secouer le van qui tanguait littéralement, au point que Sarah avait même cherché sur internet à partir de quelle vitesse du vent, en km/h, un véhicule pouvait être soulevé ! Nous n’avons pas dormi de la nuit. Le lendemain, nous nous sommes dit qu’il fallait à tout prix trouver un autre endroit pour ne pas subir la même expérience. Ce fut une belle leçon.
Le but de ce petit roadtrip était de rejoindre Caen pour y retrouver une amie chez qui nous avions prévu de passer quelques jours, pour prendre le temps de découvrir la Normandie.
Cette période de notre vie fut quand même cool, car la vie chez mes parents était assez simple. Une cohabitation entre deux générations n’est pas toujours évidente ! Chacun a ses habitudes : il est important de ne pas empiéter sur celles des autres, et de se laisser un maximum d’espace.
Et c’est là que vivre dans le van prenait tout son sens : nous étions sur la place de parking devant leur maison (dans un lotissement), et nous sortions pour partager quelques moments avec eux (repas, jeux de société, etc.).
Ma mère était en télétravail, et mon père bricolait beaucoup dans son garage, notamment pour préparer les cadeaux de Noël — il adorait bricoler ! Sarah s’occupait de décorer la maison et passait du temps avec ma mère. Moi, je geekais dans le van. À cette époque, je streamais beaucoup de jeux vidéo, comme « Final Fantasy », ou même « World of Warcraft » et « League of Legends »…
Je me souviens que le matin même de remonter sur Paris, nous étions vraiment dans le rush pour finir les derniers ajustements. C’était surtout quelques rangements et des détails comme faire le lit, mettre des rideaux — rien d’exceptionnel.
À midi, nous étions prêts. Nous avons dit au revoir à mes parents et avons pris la route. C’est la première fois, je crois, que je voyais mon père presque les larmes aux yeux au moment où nous sommes partis. Nous avons vraiment vu qu’il était touché ; pour lui, à ce moment-là, c’était sans doute un peu la fin d’une belle aventure… Et dans ma mémoire, je ne crois pas que nous ayons déjà traversé une expérience similaire de toute notre vie. Pour être honnête, j’en suis vraiment reconnaissant, et je pourrais la recommencer sans problème, juste pour partager ce temps avec lui à nouveau !
Merci, mon père !
Nous sommes montés sur Paris en octobre 2020. À la base, nous devions y aller parce que j’avais une tournée prévue avec un saxophoniste américain, sauf que vous connaissez déjà la suite de l’histoire. Les clubs et les lieux de culture ont commencé à fermer tout doucement, et en 15 jours, tout avait fermé. Nous avons dû annuler la tournée… Le second confinement arrivait à grands pas !
Nous avons donc fait deux-trois escales avant de revenir chez mes parents pour y passer le mois de décembre et Noël ensemble.
Cette petite période en van nous a quand même permis de voir comment ça se passait dans notre nouvelle vie, notamment pour la consommation de gaz, d’électricité et d’eau. C’était tout nouveau pour nous : nous passions d’années en appartement à un espace tout petit. Nous vivions quand même à temps plein à deux dans 8m² — c’était vraiment une chambre de bonne à Paris, avec les WC et la douche dans la même pièce que la cuisine. Aucune place pour l’intimité, et on se marchait littéralement dessus. Mais bon, ça faisait déjà 8 ans que nous vivions ensemble avec Sarah, donc rien d’insurmontable… pour le moment !
Nous avons mis exactement trois mois pour aménager notre van, de juillet 2020 à septembre 2020.
Dans la mesure où nous avions déjà réfléchi à l’aménagement, nous sommes arrivés chez mes parents un mois avant et avons passé un maximum de commandes (bois, panneaux solaires, lanterneau, fenêtre, etc.).
Nous avons réfléchi pas mal de temps à la manière d’aménager notre van. Vu que nous voulions y vivre toute l’année à temps plein, il fallait absolument être autonomes en électricité, en eau et en chauffage. Nous avons donc fait le choix de prendre deux réservoirs d’eau de 70L chacun, 900W de panneaux solaires répartis en 3 panneaux, avec 3 batteries plomb carbone de 160A chacune. À cette époque, les batteries lithium coûtaient trop cher pour nous, vu la quantité qu’il nous fallait. Pour le chauffage, nous alimentions la chaudière au GPL avec une bouteille de 26L.
Il fallait vraiment tout regarder et faire attention aux différentes normes, car nous voulions passer le van en catégorie VASP, et ce pour une raison très simple : nous ne voulions pas avoir à tout démonter lors d’un passage au contrôle technique. Pour être en VASP, il faut respecter 5 points :
Avoir une cuisine fixe (peu importe la manière dont vous l’alimentez — gaz, diesel, etc.)
Avoir une table et des assises
Avoir une banquette transformable en lit, ou un grand lit fixe
Avoir des rangements
Le tout doit être inamovible
Nous avons donc tout fait nous-mêmes. À l’époque, passer par un aménageur professionnel devait coûter dans les 8000 euros, avec un délai de livraison d’au moins 6 à 8 mois. Il était donc hors de question d’attendre aussi longtemps, et puis nous avions aussi envie de vivre cette expérience par nous-mêmes. Autant dire que ça n’a pas toujours été simple et que nous avons eu pas mal de déconvenues, mais c’était quand même une très chouette expérience.
Nous avons posé des plaques de liège pour l’isolation phonique, et de la laine de bois pour l’isolation thermique. C’est long, chiant, et ça gratte, donc j’ai laissé Sarah s’en occuper… aussi parce qu’avec ses petites mains, elle pouvait passer partout et en mettre dans tous les recoins.
Pour l’électricité, même si ce n’était pas nécessaire, nous avons ajouté des gaines en plus des câbles. Nous avons tiré une ligne en 12V pour les appareils qui ne nécessitaient pas de 220V, et une ligne en 220V pour les ordinateurs et les appareils un peu plus gourmands.
Le gaz nous a pris pas mal de place, car il fallait fabriquer un caisson étanche avec des grilles d’aération donnant sur l’extérieur (une basse et une haute). Avec mon père, nous avions bien galéré au moment de fixer correctement la bouteille avec ses armatures. C’était vraiment tendu, mais au moins, plus rien ne bougeait.
Pour les murs, nous avons choisi l’OSB : nous aimions bien le relief que ça donnait avec la peinture. Pour les meubles, c’était du contreplaqué 9mm. Le plus dur dans la fabrication des meubles, c’est surtout la forme des murs, qui ne sont pas droits mais incurvés en remontant vers le toit. Il nous a donc fallu faire des patrons en carton pour les dessiner, et parfois recommencer et peaufiner plusieurs fois pour arriver au bon résultat.
L’électricité était aussi un gros morceau : il nous a fallu fabriquer des attaches pour fixer les supports des panneaux solaires au toit. Nous avons acheté des plaques en inox, collées et fixées avec des vis auto-perforantes. Puis nous avons collé au Sikaflex caravane les supports, pour enfin y poser les panneaux solaires. Il fallait bien calculer la taille des panneaux afin d’en mettre un maximum sur le toit, tout en respectant les deux emplacements réservés aux lanterneaux. Nous avons donc posé un panneau sur la largeur, un sur la longueur, et le petit à l’extrémité. Le tout accompagné de 3 batteries plomb carbone, pour un total de 480A. Certains me diront que c’était abusé, et je répondrai que pour une installation destinée à des vacances d’été, c’est effectivement le cas — mais il faut comprendre que le but était surtout de voyager toute l’année, donc aussi en hiver, quand il y a très peu de soleil.
Car le panneau photovoltaïque fonctionne avec la lumière, mais il faut quand même un certain ensoleillement pour qu’il tourne à plein régime. Autant dire qu’avec une tour gaming et deux écrans de 27 pouces dans le van, quand je jouais ou travaillais le soir, le pourcentage des batteries fondait comme neige au soleil. En 5-6 heures, il fallait absolument que j’arrête d’utiliser le PC : j’étais presque descendu sous les 50% de batterie. Et avec des plombs carbones, il ne faut pas descendre en dessous, au risque de diminuer drastiquement leur espérance de vie sur le long terme.
J’étais vraiment content et reconnaissant de partager cette expérience avec mon père. Il a été d’une grande aide, même si nous nous prenions parfois la tête sur la meilleure façon de faire les choses. Je passais mes nuits à réfléchir aux étapes suivantes, et j’ai toujours eu une facilité à me projeter dans des projets et à voir les choses en perspective.
Fin septembre, nous étions juste dans les temps pour l’aménagement. Nous avions fait le plus gros, et il ne nous restait que la peinture et quelques finitions à faire. Mais nous étions prêts pour partir à l’aventure.
La décision de tout quitter pour partir en van s’est prise en exactement une nuit. Je vais recontextualiser un peu tout ça.
Quand nous habitions sur Paris, plus précisément à la Courneuve, une rue derrière la cité des 4400, nous avions quand même la chance d’avoir une petite maisonnette dans la cour de notre propriétaire. C’était plutôt pratique puisqu’en tant qu’artiste — notamment pour moi, Thomas — ça me permettait de faire pas mal de sessions de musique sans avoir à me soucier des voisins. Un luxe, pour un musicien.
Cependant, ce n’était pas sans compter sur notre propriétaire qui, après avoir passé plusieurs mois dans la maison, nous a fait bien comprendre qu’il n’aimait pas les artistes. Il nous considérait comme des arrivistes, prêts à tout pour se tirer vers le haut et enfoncer les autres, au point de profiter sans retenue du système. Bref, je ne vais pas m’étaler plus sur le sujet.
Bon, vous l’aurez compris, la vie avec cet odieux personnage était vraiment très compliquée. Certains pourraient me dire que j’exagère un peu, alors voici un petit exemple, un seul, pour que vous compreniez de quoi je parle.
Devant les fenêtres de la maison, il avait posé d’énormes bacs de fleurs. Les jours de pluie, même intense, il sortait les arroser — histoire de se rapprocher des fenêtres et de nous épier. Toute cette mascarade pour être sûr que nous ne détruisions pas son cher garage… euh… sa maison. Donc de temps en temps, moi qui aimais bien avoir mon bureau près de la fenêtre, et Sarah qui aimait bien faire son yoga à la lumière du jour, nous avions la désagréable surprise de voir une grosse tête de vieil homme nous regarder chez nous.
Voilà, je crois avoir posé assez de contexte. Un matin de mars 2020, en plein confinement pendant le Covid, nous nous sommes encore pris de bec avec ce monsieur. Sauf que cette fois-ci, c’est parti très loin. Trop loin. Il y a peu de personnes qui me font perdre mon sang-froid, mais lui, il en fait partie, et j’ai bien failli en venir aux mains — voire aux poings — avec lui.
Suite à cette charmante conversation, la tête en feu et le sang qui bouillonnait, ni une ni deux, j’ai pris la décision de déposer le préavis pour la maison, directement. Pas un courrier que j’aurais ensuite pris le temps de poster : je l’ai fait directement sur le site de la Poste, avec envoi immédiat. Et voilà, c’était fait. Il nous restait un mois pour partir et pour voir ce qui pouvait être possible.
Le lendemain, j’ai commencé à regarder des maisons, car je ne me voyais plus être locataire. J’avais envie de pouvoir être libre et ne plus rien devoir à aucun propriétaire. Et puis, de fil en aiguille, Sarah et moi avons cherché du côté des terrains agricoles, puis des terrains de loisirs, caravanes, mobil-home, tiny house…
Puis dans la nuit, je suis tombé sur un couple qui avait aménagé un utilitaire en van. J’ai regardé des vidéos sur le sujet toute la nuit et bingo : pour moi, c’était évident, la solution était là.
Avec le Covid toujours en cours, l’impossibilité de travailler, et aucune vision sur l’avenir, Sarah et moi ne nous voyions pas rester à Paris. Par contre, nous n’avions pas non plus l’intention de vivre sans un minimum de confort. Il fallait donc réfléchir au chauffage pour l’hiver, à la douche quotidienne (ou presque), et surtout à l’électricité — en geek qui se respecte, je devais trouver une solution pour continuer à utiliser ma tour gaming.
Et c’est donc en avril-mai que nous avons quitté Paris pour la première fois, et que cette nouvelle aventure a commencé.
Nous avons déménagé l’année suivante à Paris. J’ai poursuivi mes études théâtrales à l’Atelier Juliette Moltes, et ce fut une expérience assez traumatisante, puisque la directrice a fini par me virer avant le spectacle de fin d’année. Pour vous la faire courte, elle me faisait me sentir bonne au plateau, et le lendemain, j’avais l’impression d’être une vraie ratée. Son emprise était telle que je lui trouvais toutes les excuses du monde quand je parlais à Thom de son comportement pendant ses cours, malgré le fait que ce dernier tentait de m’ouvrir les yeux sur la toxicité de cette personne. Elle humiliait ses élèves sur scène, et les félicitait le lendemain.
La fois de trop fut le jour où elle m’a reproché de m’être absentée, à quelques semaines du spectacle de fin d’année, pour aller aux obsèques d’une amie. Elle refusait que j’assiste à la masterclass prévue ce jour-là, et m’imposait de « régler ce conflit dans son bureau » ; ce que j’ai refusé, publiquement. Je ne l’avais jamais vue aussi rouge et en colère. On aurait dit un dragon crachant du feu. Après m’avoir menacée de me « tirer par les cheveux si je ne sortais pas de cette classe », je suis partie en claquant la porte, et ne suis plus jamais revenue.
J’ai eu besoin de temps pour me remettre de cette violente altercation, car j’avais bossé dur pour le spectacle de fin d’année, et elle avait envoyé un mail à toute l’école, professeurs compris, pour m’exclure du projet. Malgré tout, je m’étais libérée d’un poids… et, sans le savoir encore, de son emprise. Fort heureusement, j’ai gardé de bons liens avec des copains rencontrés là-bas, que je revois encore aujourd’hui, et perdu de vue d’autres qui s’étaient positionnés contre moi.
Je me suis mise à postuler sur des projets amateurs et bénévoles qui recherchaient des comédiennes. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire des sketchs sur le net. Yacetom, à leurs débuts, m’ont fait confiance et m’ont permis de m’amuser à nouveau. Avec eux, on pleurait de rire à chaque tournage : c’était la liberté de pouvoir exprimer à nouveau mon potentiel comique, sans barrières, sans cadre.
Quand je me suis sentie prête à reprendre les auditions, je me suis présentée à l’École de Théâtre de Paris, qui offrait des cours du soir, ce qui me permettait de travailler en journée. La directrice, Colette Louvois, ancienne sociétaire de la Comédie-Française, était une vieille femme adorable et respectée. Le problème, c’est que malgré l’immense liberté de jouer ce qu’on voulait comme scène, il y avait beaucoup de monde. Tout le monde ne pouvait donc pas passer sur scène le même jour, et c’était ouvert à tous, tous niveaux confondus. Je me voyais stagner, alors que j’étais désireuse d’évoluer et de confronter mon jeu à d’autres comédiens expérimentés.
Un soir, elle m’a présenté à sa fille, Wally Bajeux, qui donnait des cours professionnalisants juste au-dessus de notre atelier. J’ai été charmée par les exercices qu’elle leur donnait à faire sur le plateau, la réflexion du jeu et du texte, l’interprétation plus poussée, la recherche de la justesse. Elle ne travaillait qu’avec 4 ou 5 comédiens. J’ai donc demandé si je pouvais faire un essai chez elle, puis je suis devenue son élève pendant quelques mois.
Le schéma de mon expérience avec Juliette Moltes s’est reproduit sous mes yeux. Différemment sur certains points, mais le résultat a fini par être le même. À force de rabaissements et de malaises répétitifs sur scène, à force de comparaisons avec les autres comédiens, je finissais par jouer faux, et perdais petit à petit mon assurance. La Sarah fière de ses 18 ans était restée à Lyon, dans cette école qui m’avait offert une chance. Mais depuis Juliette Moltes, dès que je perdais confiance, un mécanisme se mettait en place, et je disparaissais, en me demandant ce que je foutais là.
J’ai donc pris la décision d’arrêter les cours de Wally, et j’ai joué dans le spectacle de fin d’année de sa mère, Colette Louvois. Je l’avoue : retrouver ma zone de confort, à ce moment-là, m’a aidée à ne pas quitter ce milieu. Ce que je reprochais à ses cours m’a fait me sentir suffisamment bonne pour faire rire toute une salle de spectateurs, et m’a redonné la foi dans le bonheur de faire du théâtre. Le goût du jeu. Parce qu’à la base, le jeu, c’est censé être un jeu. Quelque chose d’agréable, où on retrouve son âme d’enfant et où on explore son potentiel d’acteur.
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